
TÉMOIGNAGES
Victime de violences conjugales
Véronique
Violences conjugales

J'ai failli être une femme tuée par les coups de son compagnon.
La violence conjugale démarre par une première insulte ou une première gifle et se termine le jour de votre mort. On peut en mourir physiquement, mais également mentalement. Vous vous soumettez à mourir un jour. Peut-être qu’au départ, vous repoussez votre mort à demain. Mais quoi qu’il arrive, la violence conjugale s’intensifiera, jamais elle ne régressera. D’abord, une gifle, un coup-de-poing. Puis, on ne se rend même plus compte qu’un coup est dangereux, car on s’habitue à cette violence. Les violences n’ont plus de limites, j’aurais forcément pu en mourir.
Il commençait à être violent psychologiquement et verbalement. Je lui ai alors demandé de rentrer chez lui. Il me poussa et ensuite me gifla. C’était la première fois que cette situation se présentait, mais hélas, pas la dernière. J’aurais dû appeler la police, un voisin, ou encore, une personne de ma famille dès cet instant. Mais je n’ai pas agi.
J’étais prédestinée à cela, mon cerveau s’est mis en alerte à la première violence. Le problème avec la violence conjugale, c’est que l’on devient complètement démuni tel un enfant. Tout ce qu’on essaie de faire, c’est de survivre à la mort. Jusqu’au jour où il n’y a plus d’espoir et tu te dis que finalement, il vaut peut-être mieux mourir. J’ai prié le ciel des millions de fois pour que mon cœur s’arrête afin d’en finir avec ce cauchemar. J’étais donc résignée à mourir un jour.
La violence conjugale ne se résume pas aux coups, je l’ai compris ce jour-là. Il voulait me tuer, il me laissait dans une chambre pendant des jours et attendait ma mort. Là, j’ai pris conscience de la gravité alors j’ai couru vers un hôpital. J’étais dans un état critique, j’étais ouverte de partout et mon cuir chevelu était arraché. Le médecin de l’hôpital était étonné que je sois encore vivante après tous ces coups.
Je veux que les femmes comprennent que si elles restent, elles vont mourir et non, ils ne changeront pas. Mais par contre, il est possible de s’en sortir. J’essaie de provoquer le déclic auprès des femmes en témoignant aujourd’hui. Avoir le déclic peut en effet, nous sauver de la violence et de la mort. Les femmes victimes ont beau avoir des bleus et des hématomes sur tout le corps, elles ne s’en rendent pas compte. Il faut les prendre en photo et leur montrer. Une distance sera prise et le déclic se manifestera. Le déclic doit arriver vite, car dans le cas contraire, s’il arrive trop tard ou n’arrive jamais, les femmes décèdent.
Mon poids et ma couleur de peau étaient un problème
Mon tempérament et mon corps ont complètement changé en dix ans. Le temps n’en est pas la raison. La cause est plutôt le harcèlement dont j’ai été victime au sein du travail. Un stress constant m’a fait prendre beaucoup de poids et m’a fait perdre toute confiance en moi.
C’était le travail de ma vie dans une entreprise qui vend le bien-être des femmes et pourtant, j’ai vécu l’enfer à cause de ce travail. J’étais la bonne élève, bonne vivante, voulant me faire aimer par mes collègues. Je vais complètement changer en dix ans, devenant un zombie incapable de rédiger un mail et de se lever le matin pour aller travailler.
J’étais très bien dans cette entreprise jusqu’au jour où je suis tombée sur un étrange mail à l’imprimante. Il y avait mon nom écrit sur la feuille, et forcément par curiosité, j’ai regardé. C’était un mail s’adressant à mon supérieur, indiquant que je n’avais pas ma place au sein de cette entreprise. C’était le début de la dégringolade. Les semaines suivantes, j’avais droit à des post-it collés sur mon ordinateur avec des mots blessants, certains sur mon poids et d’autres sur ma couleur de peau. Lors des réunions avec le personnel, mon directeur sifflait à chaque fois que je prenais la parole. C’était extrêmement humiliant, je ne méritais pas cela.
Dès que je rentrais chez moi, je m’écroulais. Je me détestais de leur faute. Je m’arrachais les cheveux, je tapais ma tête contre le mur et m’entaillais les veines. J’étais déjà ronde de base, mais à cause de ce stress et des problèmes, j’ai pris une trentaine de kilos supplémentaires. J’avais envie de changer pour leur montrer qu’ils ne pouvaient pas m’abattre. Je me suis donc mise au sport, j’ai teint mes cheveux en blond et j’ai également changé de style vestimentaire. Rien n’y faisait, je recevais toujours des mots cruels sur mon bureau et des remarques désagréables.
Je gardais la face tous les jours, jusqu’au moment où je n’y suis plus arrivée. J’ai perdu toute confiance en moi et donc, je ne pouvais plus rien faire. Le soir, je dormais mal, ma famille ressentait ma douleur, j’étais mal dans ma peau et dans ma tête. Quelques fois, je pleurais en arrivant à la machine à café dès qu’on me demandait comment j’allais. Je n’arrivais même plus à travailler quand j’étais devant mon ordinateur. Je mettais une heure pour écrire un mail de cinq lignes. Dans ma tête, c’était « Qu’est-ce que je peux dire ? Qu’est-ce que je peux faire ? Quelle est la question ? Ai-je bien compris la question ? Comment je l’écris ? Je l’écris en français ou bien en anglais ? ». J’ai alors démissionné et c’était la meilleure décision à prendre.
Katherine
Harcèlement professionnel

Noire, grosse et moche.
Un chemin allant jusqu'à la mort
Leyla
Un amour assassin

Un chemin jusqu'à la mort
Je viens aujourd’hui témoigner l’histoire de ma sœur. Elle aurait certainement été totalement d’accord de témoigner elle-même. Hélas, les violences dont elle a été victime ont été beaucoup trop loin et l’ont emportée vers le chemin de la mort.
La vraie nature d’un homme violent ne se remarque pas dès la première rencontre ou dès la première année de relation. En effet, son homme l’a rendue heureuse et épanouie au tout début. Il lui offrait beaucoup de cadeaux et l’invitait régulièrement au restaurant. Tout roulait comme sur des roulettes. Ils se sont mariés et puis, elle est tombée enceinte quelques mois après. Dès cet instant, le cauchemar a commencé pour elle. Il avait complètement changé, elle ne reconnaissait plus l’homme dont elle était tombée amoureuse.
Son masque tombait, il montrait enfin son vrai visage après avoir joué un rôle pendant plus de deux ans. Quand quelque chose le dérangeait, il haussait le ton directement. Quelques semaines après, quand il n’était pas d’accord avec ma sœur, il s’énervait et l’insultait. La situation a rapidement dégénéré. Dès que quelque chose le frustrait, même si ce n’était pas à cause de ma sœur, il la giflait. Si elle avait le malheur de riposter, il la frappait à l’aide d’une ceinture.
Ma sœur a gardé tout le mal en elle durant toute sa grossesse, elle ne nous en a jamais parlé ni à moi, ni à notre maman. Mais nous la sentions changée, elle avait l’air épuisée physiquement et mentalement. Chaque fois que nous lui demandions si tout allait bien, elle répondait qu’elle était juste fatiguée de la grossesse. Par la suite, son fils est né. Elle avait l’air de vouloir prendre ses distances avec nous, elle trouvait des excuses à chaque fois que nous voulions venir la voir ou que nous l’invitions à la maison.
Les mois passaient, mais rien ne s’arrangeait. Je voulais voir ma sœur et mon neveu, mais j’avais l’impression de déranger quand je l’appelais au téléphone. Nos appels téléphoniques duraient à l’époque deux heures et là, elle parlait à peine cinq minutes et finissait la conversation en disant qu’il fallait qu’elle me laisse. Je l’ai retrouvée un jour dans sa maison seule, je ne la reconnaissais pas. Elle avait des bleus sur le visage et sur le corps. Je voulais l’emmener avec moi, car elle n’était pas en sécurité chez elle, il fallait qu’elle prenne son fils et ses affaires pour retourner chez notre maman. Son fils était avec son papa, c’était le seul problème. Elle l’a contacté pour savoir où ils étaient et elle est partie le chercher. En allant le chercher, elle y a laissé sa vie, car cet homme cruel l’a achevée en l’assassinant. Il a gâché sa vie, celle du petit ainsi que la nôtre.